État de siège, censure : un passage brutal à l’état de guerre

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État de siège, censure : un passage brutal à l’état de guerre

Le territoire national en état de siège

Sur le plan militaire, le passage du « pied de paix » au « pied de guerre » a été négocié avec une grande célérité. La promptitude du ralliement sous les drapeaux de l’effectif de guerre et son acheminement plutôt fluide vers les frontières de l’Est témoignent de la bonne exécution et de la planification de longue date de l’entrée en guerre contre l’Allemagne.

Il en va de même pour ce qui est de la proclamation de l’état de siège qui intervient dès la mobilisation et concerne les 86 départements français, le territoire de Belfort et les trois départements d’Algérie. Cette mesure d’exception a bénéficié aussi d’une soigneuse préparation. Elle assure le transfert des pouvoirs de police et de maintien de l’ordre à l’autorité militaire : droit de perquisition, de jour comme de nuit, éloignement des repris de justice et des étrangers, encadrement de la possession d’armes, interdiction des réunions et publications de nature à exciter ou entretenir le désordre. Les généraux commandant les régions militaires se substituent aux préfets, notamment dans la réglementation de la circulation routière (surveillance des moyens de transport et des voyageurs), dans le contrôle de l’information. L’article 32 indique que « des instructions spéciales règlent les conditions du fonctionnement des tribunaux militaires sur le territoire en état de siège ».

Il n’est pas question de s’exposer à rééditer, dans les journaux, les fuites que l’on a associées à la déroute de 1871. Il faut parer à l’éventuelle opposition ouverte portée par le courant pacifiste. Jean Jaurès vient d’être assassiné. Du côté des syndicats et de la SFIO, aucune organisation concertée n’a été mise en place pour contrer le glissement possible dans la guerre. Le ralliement à l’unité nationale l’emporte sur la lutte directe contre la guerre capitaliste.

Ce n’est qu’en septembre 1915 que l’état de siège sera assoupli partiellement. Il ne sera plus applicable que dans les départements traversés par la ligne de front et ne sera levé totalement qu’en octobre 1919.

Les réactions antigermaniques et la censure

L'illustration de Hallé, tirée du Livre des heures , publié chez Berger-Levrault en 1918, montre la devanture d’un magasin parisien devant lequel se tient un agent de police. Elle est accompagnée de deux extraits de proclamations affichées à Paris le 5 août 1918 qui concernent la mise en place de l’état de siège. En tant que capitale, pour ce qui relève de la sécurité, Paris est administré par le préfet de police. À sa signature est adjointe celle du gouverneur militaire, le général Michel, en vertu des nouveaux pouvoirs que lui confère l’état de siège.

Le gouvernement craignait des heurts avec les pacifistes hostiles à la guerre, voire un soulèvement. Les violences furent le fait de manifestations xénophobes et s’exercèrent contre les étrangers.

Les deux textes, à mots couverts, font en effet allusion aux actes de vandalisme qui frappent les enseignes à consonance allemande (les laiteries Maggi, la brasserie Pschorr, Ruby, Singer…) rendant, au passage, un hommage au dévouement patriotique des Alsaciens-Lorrains… combattant sous le drapeau français. Des ressortissants étrangers et pas seulement allemands sont violemment pris à partie, molestés. Ces faits ne sont pas des dérapages isolés. Sur ce point, le témoignage parisien de Jean Galtier-Boissière en service au 31e régiment d’infanterie est suffisamment éloquent. Son unité est assignée au maintien de l’ordre et il est le témoin direct de telles violences répétées. Ces faits se produisent également dans d’autres villes françaises.

La prévention des débordements est indirectement une des mesures prévues par le texte qui régit l’état de siège puisqu’il interdit les rassemblements. C’est aussi par le fait de sa mise en place que les preuves photographiques et les articles sur ce sujet seront soustraits à l’opinion publique par le jeu de la censure appliquée à la diffusion des nouvelles par la presse. Le texte de l’état de siège vise à un encadrement étroit de la diffusion de l’information. Une photographie comme celle représentant la mise à sac d’un magasin Maggi a été interdite de diffusion par les services de la censure.

Affiche A bientot - Gil Blas

Le dessin de Hallé montre une devanture fermée qui comporte quelques traces et impacts pouvant laisser penser qu’elle a subi des déprédations. Il s’agit d’une crèmerie (les établissements Maggi commercialisent des produits laitiers). Le policier veille sur un périmètre bien calme : peut-être arrive-t-il après l’intervention de la troupe. La censure est encore en vigueur au moment de la publication de l’album et il est politiquement plus avisé d’évoquer le pillage des magasins sous couvert d’un autre phénomène concomitant.

En effet, on voit se multiplier, sur les vitrines et les devantures, des messages adressés par les propriétaires des magasins à leurs concitoyens. Ils proclament leurs convictions patriotiques et annoncent une fermeture ou des perturbations, étant appelés par la mobilisation sur le théâtre des opérations. C’est ainsi qu’on peut lire sur le dessin : « Le patron est mobilisé à Toul. »

Sur l’affiche intitulée « À bientôt », la rédaction du journal quotidien, Gil Blas, énonce clairement que « notre directeur est sous les drapeaux et tous nos collaborateurs de la rédaction, de l’administration et de l’imprimerie ont rejoint ou vont rejoindre leur corps ».

La mise en place de l’état de siège : mesures et autres censures

Dans le contexte de l’Union sacrée, le discours dominant avance que c’est l’esprit de défense qui l’emporte face à une Allemagne perçue comme étant à l’instigation de la guerre. Le président Poincaré parle « d’une grande indignation contre l’agresseur ». Le droit est nécessairement du côté français… L’invasion de la Belgique neutre par les troupes allemandes renforce l’impact de ces affirmations. Les réactions antigermaniques sont par ailleurs entretenues par la presse nationaliste et chauvine.

Dans les jours qui précèdent la proclamation de la mobilisation, de nombreux Français inquiets effectuent des retraits d’argent aux guichets des banques. Si bien que le ministre des finances plafonne le montant des retraits possibles dans les caisses d’épargne.

Certaines communes se dotent d’un corps de Gardes civils dans la crainte d’hypothétiques troubles, espionnages et sabotages. Elles s’appuient sur un décret du 7 janvier 1914 portant sur la mise en place d’une police auxiliaire en temps de guerre. En réalité, c’est à l’autorité militaire qu’incombent les droits de police et de justice mis en place par le texte qui régit l’état de siège. Les étrangers doivent se présenter en mairie pour que leur soit délivré un permis de séjour. On craignait, en haut lieu, un pourcentage d’insoumission et de désertion dépassant les 10 %. Il se situera à 1,5 %. Cependant, à partir de la fin septembre 1914, tout citoyen masculin doit être en mesure de présenter, sans délai, une pièce officielle prouvant sa situation militaire.

Culture et presse

La censure s’applique aussi à la création culturelle et littéraire et à sa diffusion. Les commissions de censure mises en place par les ministres de la guerre, Messimy puis Millerand, outrepassent allègrement le champ d’action de la censure qui devait s’exercer sur les informations pouvant renseigner l’ennemi ou mettre en difficulté la France, sur le plan militaire. Le 5 août 1914 avait été promulguée la loi sur les indiscrétions de presse en temps de guerre : « Il est interdit de publier aucune nouvelle relative aux événements de guerre, mobilisation, mouvements, embarquements, transport de troupes, composition des armées, effectifs… qui n’aient été communiqués par le bureau de la presse organisé par le ministre de la guerre. » La préfecture de police, par délégation du gouvernement militaire de Paris, se charge de viser spectacles, films et livres qui sont censurés suivant des critères politiques sans échapper à des coupes fondées sur des considérations morales.

Lautocensure

Le ton consensuel de l’Union sacrée, ainsi que le fait d’une situation exceptionnelle envisagée sur une courte durée font que les journaux se plient sans trop rechigner à cette limitation du droit à l’information dans un contexte où les rédactions et les imprimeries sont désorganisées du fait du départ au front de leurs forces vives : imprimeurs, journalistes et… lecteurs ! La composition de leurs conseils d’administration y est pour quelque chose également : personnalités politiques et banquiers préfèrent opter pour l’autocensure qui consiste, par anticipation, à délester l’information de nouvelles sujettes à des « caviardages » plutôt que de tomber sous le coup d’une interdiction de parution . Il n’est plus permis aux crieurs de faire la publicité des titres de leurs journaux en place publique.

La propagande

L’autre versant de la censure de l’information est la propagande que diffuse le gouvernement afin de dissimuler les revers militaires et les raisons de l’inquiétude qui contraindra, le 2 septembre 1914, le gouvernement à se transporter à Bordeaux.

Il est un fait que le ministère de la guerre pratique la rétention d’information vis-à-vis du gouvernement. D’autant que l’entrée en guerre se révèle désastreuse : échec des objectifs du plan XVII, bataille des frontières soldée par une retraite générale avant le coup d’arrêt de la bataille de la Marne.

Journal des CommunesDe plus en plus, les familles sont en attente d’informations sur la situation militaire. Le Bulletin des communes, relayé dès le tout début août par voie d’affiche, est une communication officielle du gouvernement, présentée comme une compilation de nouvelles rédigées en style télégraphique. C’est le résultat d’un virtuose exercice littéraire qui consiste à minimiser les sources d’inquiétude, à noircir l’image du soldat et du commandement allemands, tout en visant au maintien de la confiance par la mise en relief de quelques « succès » localisés de faible portée ou de quelques actions héroïques isolées.

Des communiqués officiels, dans la même veine, sont relayés à la une des journaux.

L’instauration du contrôle postal, en 1915, sous couvert de la sauvegarde des opérations militaires, débordera largement cet objectif. Il sera instrumentalisé comme une mainmise sur l’opinion en donnant un accès à la teneur des échanges épistolaires. Les censeurs exerceront leur surveillance sur les plans politique, moral et culturel, en disposant de la possibilité juridique d’intervenir sur les auteurs des courriers et leurs destinataires.

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